Femmes panthéonisées

En 1755, Louis XV demande l’édification d’une église sur la montagne Sainte-Geneviève. C’est sous la Révolution française, en 1791, que l’Assemblée constituante octroie au Panthéon son nouveau rôle, l’appelant ainsi en référence aux dieux grecs honorant la mémoire des héros de la Patrie. Ce lieu changera 7 fois de fonction par la suite (entre Panthéon et église) avant de devenir définitivement, le 1er juin 1885 avec l’arrivée de Victor Hugo, le lieu où repose d’illustres personnages publics : hommes politiques, scientifiques, écrivains ou encore Résistants.

 

Aujourd’hui 6 de ces illustres personnages sont des femmes : Marie Curie, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Simone Veil, Joséphine Baker et Sophie Berthelot. Toutefois, cette dernière étant panthéonisée en qualité « d’épouse de », elles ne sont donc que 5 à l’être pour leurs propres mérites. En effet, la panthéonisation de son époux, Marcellin Berthelot, chimiste, biologiste et homme politique ne pouvait s’effectuer qu’à une condition selon la famille : les époux ne pouvaient être séparés.

 

Marie Curie (1867-1934) fut ainsi la première femme Panthéonisée pour ses propres mérites. Née à Varsovie, elle arrive à Paris à la fin du XIXème siècle afin d’y étudier la physique et les mathématiques. Avec son époux, le physicien Pierre Curie, ils découvrent deux nouveaux atomes radioactifs (polonium et radium) et reçoivent le prix Nobel de Physique en 1903 avec Henri Becquerel. 8 ans plus tard, en 1911, Marie Curie reçoit également le Nobel de Chimie faisant d’elle la seule femme à avoir reçu 2 prix Nobel et la seule personne deux fois nobélisée dans deux domaines scientifiques distincts.

Marie Curie est également la première femme lauréate en 1903, avec son mari, de la médaille Davy (distinction scientifique décernée par la Royal Society of London) pour ses travaux sur le radium.
A la fin de son second septennat, François Mitterrand décide de transférer les cendres des époux Curie au Panthéon, grâce notamment à Simone Veil, Françoise Gaspard ou Irène Carrière d’Encausse qui s’étaient associées pour plaider en faveur du transfert de Marie Curie.

 

Première femme décorée de la Grand-croix de la Légion d’honneur en 1998, Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002) était une résistante française. Elle agit d’abord seule à Rennes avant de rejoindre le groupe du Musée de l’Homme en 1941. Elle entre en clandestinité en 1943, rejoint le mouvement Défense de la France avec lequel elle sera arrêtée et emprisonnée puis déportée début 1944 au camp de Ravensbrück après être tombée dans un piège. Lors de la libération, elle crée l’Association des Anciennes Déportées et Internées de la Résistance (ADIR) afin d’entamer un travail de documentation.

A la fin de la Guerre, elle épouse Bernard Anthonioz, proche d’André Malraux, ministre de la Culture qui lui confiera le volet recherche scientifique.
Elle se lance ensuite dans un combat contre la grande pauvreté après avoir visité le bidonville de Noisy-le-Grand avec le père Joseph Wresinski, créateur du mouvement Aide à toute détresse qui deviendra ATD Quart-Monde dont elle deviendra la présidente en 1964.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz entre au Panthéon le 27 mai 2015. Toutefois, sa famille refuse le transfert du corps au Panthéon malgré la proposition du Président de la République, François Hollande, qu’elle soit accompagnée de son époux. C’est donc un cercueil vide contenant un peu de terre du cimetière où elle repose qui est aujourd’hui au Panthéon

 

Germaine Tillion (1907-2008), ethnologue et Résistante, a consacré sa vie au respect et à la dignité de l’homme. Avant la Seconde Guerre mondiale, elle mène diverses missions auprès des berbères Chaouïas des Aurès en Algérie. La publication de son ouvrage Le harem et les cousins en 1966 est considéré comme un repère majeur de l’ethnologie méditerranéenne.

Lorsque la Guerre éclate, l’ethnologue est en mission en Algérie d’où elle revient courant 1940 et devient Résistante avant même l’appel du Général. Elle est tout d’abord cheffe de la filière d’évasion de prisonniers de guerre puis, au sein du réseau Gloria, elle recueille des informations militaires pour les Britanniques. Infiltré, le groupe est démantelée et Germaine Tillion est déportée à Ravensbrück à la fin de l’année 1943. Début 1945 elle fait partie des quelques centaines de françaises que les négociations entre Heinrich Himmler (haut dignitaire du IIIe Reich) et Folke Bernadotte (diplomate suédois) permettent de transporter en Suède pour qu’elles y soient soignées.

Au sortir de la Guerre, Germaine Tillion réintègre le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) où elle faisait partie du département d’ethnologie qu’elle délaisse finalement au profit de la section Histoire contemporaine, se faisant ainsi l’historienne de la Résistance, des crimes nazis et de la Déportation. Afin de poursuivre cet objectif, elle créée une équipe de déportés dans le but de collecter et classer les documents sur l’histoire du camp de Ravensbrück.

Madame Tillion a reçu le prix Pulitzer en 1947 pour ses actes héroïques pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle reçoit ensuite en 1999 la Grand-croix de la Légion d’honneur.
Germaine Tillion est la troisième femme a intégré le Panthéon le 27 mai 2015 aux côtés de Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Tout comme pour cette dernière, la famille a refusé que le corps soit déplacé, c’est donc un cercueil vide contenant un peu de terre du cimetière où elle repose qui est aujourd’hui au Panthéon. 

 

Première femme présidente du Parlement européen (1979), première femme ministre d’État (1993), première femme secrétaire du Conseil supérieur de la Magistrature (CSM), première femme à siéger au conseil d’administration de l’ORTF, académicienne, Simone Veil (1927- 2017) est une femme emblématique du XXème siècle.

De confession juive, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau à 16 ans d’où elle sortira avec ses deux sœurs, contrairement à sa mère décédée peu de temps après la « la marche de la mort » à travers la Pologne et l’Allemagne pour rejoindre le camp de Bergen-Belsen et à son père et son frère qui ont péri en Estonie.

Au sortir de la guerre elle étudie le droit et, en parallèle, entre au nouvel Institut d’études politiques où elle rencontre Antoine Veil qu’elle épouse fin 1946. Elle débute sa carrière en s’inscrivant au concours de la magistrature accessible aux femmes depuis 1946. EN 1970, elle est la première femme nommée secrétaire du CSM.

Simone Veil poursuit sa carrière en politique lorsque, à la suite de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, elle est nommée dans le gouvernement de Jacques Chirac en tant que ministre de la Santé. Ce dernier lui confie le projet important de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dont elle sera chargée de faire adopter le projet de loi. Le 26 novembre 1974, Simon Veil donne un discours de 40 minutes à l’Assemblée nationale qui va bouleverser la société française. Après 3 jours de discussions, parfois houleuses, la loi est adoptée dans la nuit du 29 novembre 1974 et promulguée le 17 janvier 1975 pour 5 ans. Elle sera définitivement adoptée en 1979.

Après un passage dans la magistrature et au gouvernement, c’est au sein de l’Europe que Simone Veil s’impose. Elle est de ceux qui sont convaincues que la construction européenne est le seul moyen d’éviter les horreurs du passé. Soutenu par le Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, Simone Veil porte la liste de l’Union pour la démocratie française (UDF) à la victoire lors des premières élections de 1979 du Parlement européen. Le Président Giscard pousse alors la candidature de Simone Veil à la tête du Parlement européen faisant ainsi d’elle la première femme présidente de cette assemblée. 

En 1993, elle revient en politique nationale en tant que première femme ministre d’État au ministère de la Santé et des Affaires sociales sous le gouvernement d’Édouard Balladur a qui elle demande de lui adjoindre à ses fonctions celles du ministère de la Ville pour s’attaquer au déficit de la Sécurité sociale et aux quartiers difficiles. Elle est ensuite, sous le gouvernement d’Alain Juppé présidente du Haut conseil à l’intégration et travaille sur les questions d’égalités des chances.

Pour clore sa carrière, Simone Veil siège au Conseil constitutionnel entre 1998 et 2007. En parallèle, elle assure la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2000 à 2007. Dans ce cadre, elle dévoile, aux côtés du Président de la République, Jacques Chirac, une plaque dédiée aux Juste parmi les nations qui « bravant les risques encourus, ont incarné l’Honneur de la France, ses valeurs de Justice, de Tolérance et d’Humanité ».

Enfin, elle est élue en 2008 à l’académie française, entre sous la coupole en mars 2010 et fait graver sur son épée d’académicienne le n°78651 : son numéro de déportée pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Président de la République, François Hollande, lui remet les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur en 2012.

Le 1er juillet 2018, Simone Veil fait son entrée au Panthéon avec son époux. Le cortège, parti du mémorial de la Shoah, effectue 3 arrêts sur son parcours afin de rendre hommage aux trois grands combats menés par Simone Veil : celui pour le droit des femmes, celui pour l’Europe et celui pour la mémoire de la Déportation. Les époux Veil reposent aujourd’hui dans le 6e caveau du Panthéon aux côtés par exemple de Jean Moulin ou Jean Monnet. 

 

 

Joséphine Baker (1906-1975) est la dernière femme à entrer au Panthéon. Née dans le Missouri sous le nom de Freda Josephine McDonald, elle quitte les États-Unis en 1925 après avoir été repérée pour participer à une revue pour laquelle elle est danseuse en France. Elle est rapidement une icône parisienne et une muse pour les plus grands artistes. 5 ans plus tard elle devient chanteuse populaire avec la chanson « J’ai deux amours ». Elle est par ailleurs naturalisée française en 1937 par son mariage avec Jean Lion.

En 1939, Joséphine Baker est recrutée par Jacques Abtey comme agent du contre-espionnage français. Dans son dossier de résistante et son dossier miliaire, il est noté qu’elle « ne semble pas avoir la confiance des services américains » ce qui traduit pour les français la confiance et la loyauté de Madame Baker envers eux. Pendant la Guerre elle fait passer ses informations dans des partitions de musique, profite des soirées mondaines à l’étranger pour glaner des informations ou cache des rapports dans les doublures de ses robes. Elle s’engage en novembre 1940 dans les services secrets de la France libre, en Métropole puis en Afrique du Nord, jusqu’à la Libération. A partir de 1944 Joséphine Baker rentre de l’étranger et va donner des concerts pour soutenir les soldats et populations civiles meurtries. Elle est décorée de la Légion d’honneur par le Général de Gaulle en 1961.

Joséphine Baker milite également dans la Croix-Rouge française, s’engage dans l’armée de l’air, lutte pour l’émancipation des noirs et contre le racisme. Le 28 août 1963 elle se tient aux côtés de Martin Luther King au Lincoln Memorial lors de son fameux discours I have a dream. Joséphine Baker s’éteint à Paris après une attaque cérébrale laissant derrière elle sa « tribu arc- en-ciel », ses 12 enfants adoptés avec le violoniste Jo Bouillon.

Joséphine Baker entre au Panthéon le 30 novembre 2021 sur décision du Président de la République Emmanuel Macron après une pétition pour sa panthéonisation « Artiste, première star internationale noire, muse des cubistes, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale dans l'armée française, active aux côtés de Martin Luther King pour les droits civiques aux États-Unis d'Amérique et en France aux côtés de la Lica, Chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire, croix de guerre 1939-1945 avec palme, Médaille de la Résistance (avec rosette), Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre. » Elle est la cinquième femme a réposer au Panthéon, et la première femme de couleur. Son corps est resté à Monaco et un cénotaphe est installé dans le caveau n°13 du Panthéon. 

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