La Femme peut-elle être chef de bureau ?

En 1894, Louis Frank trouve des avantages à l'embauche de femmes dans les bureaux, pourvu que ce ne soit que dans les emplois les plus sulbalternes. Son argumentaire correspond à ce qu'on pensait à l'époque, qui correspondit effectivement, historiquement, à ce type d'embauche à la Poste, dans les ministères. Il ne s'agit bien sûr pas, alors, que ces dames soient chef de bureau.

 

En 1925, le texte d'un chef de bureau des finances exprime une grande inquiétude sur les désordres qu'impliquerait l'accès des femmes à ce grade...

Louis Frank, Le grand catéchisme de la femme, Paris, Bibliothèque Gilon, 1894, p. 85-86, extrait.
 
D. Est-il juste que les femmes aient accès aux emplois bureaucratiques ?
R. Oui ; car il ne serait ni équitable ni même honnête que l’homme, qui seul fait les lois, poussât l’égoïsme et la tyrannie jusqu’à prétendre au monopole exclusif de toutes les carrières, de tous les emplois.


D. La mission de la femme au foyer n’est-elle pas inconciliable avec les exigences d’un emploi bureaucratique ?
R. Je le répète, toutes les femmes ne se marient pas. Celles qu’aucun mari ne protège, doivent vivre, se nourrir et gagner leur pain. Interdire aux femmes d’occuper certains emplois honorables, c’est non pas les renvoyer à la famille, mais les envoyer au désordre et ne leur laisser d’autre ressource que la prostitution.


D. Que deviendront les hommes, si l’on accorde tous les emplois aux femmes ?
R. Il ne s’agit pas de concéder aux femmes tous les emplois ni d’exproprier le sexe masculin au profit de l’autre sexe. Ce que nous nous bornons à demander, c’est que l’État assure du travail à des femmes célibataires ou veuves qui, privées de l’assistance ou des secours de l’homme, doivent par elles mêmes subvenir à leurs besoins.


D. Quelles occupations bureaucratiques devra t on de préférence réserver au personnel féminin ?
R. L’État devra confier aux femmes toutes les occupations qui exigent de l’ordre, des soins minutieux, une ponctualité très grande. Ces fonctions là conviennent particulièrement au caractère de la femme.


D. L’admission des femmes dans les services bureaucratiques ne pourrait elle pas nuire à l’avancement du personnel masculin ?
R. Aucunement ; car la très grande majorité des femmes préférera n’occuper que des emplois inférieurs, n’exigeant aucune initiative et n’imposant aucune responsabilité. Il en résultera moins de concurrence pour les promotions, et les employés auront ainsi plus de chances de parvenir aux emplois supérieurs.


D. Les administrations elles-mêmes trouvent-elles quelque intérêt dans l’emploi des femmes ?
R. Elles y trouvent un grand intérêt d’économie. En Russie et en France, elles sont parvenues à réaliser trente à quarante pour cent d’économie sur les traitements. Cette différence pourrait servir à augmenter d’autant les traitements des employés mariés et pères de famille.

Note de la direction du contrôle central et des contibutions,

le 21 décembre 1925

 

Epreuve de "mise en situation" d'un concours administratif de 1925


"Vous êtes chef de bureau à la ville de Paris. Le chef de service M. Bonnard vous demande une note sur "la désignation des emplois de chefs et sous-chefs de bureau qui pourraient être confiés à des femmes".

Ci-dessous le corrigé...

 

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